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LA MEMOIRE EN MARCHE

LA MEMOIRE EN MARCHE

Libre, fidèle et indépendante. Jetée au vent de l'espérance, contre l'oubli et pour demain...

Anne Frank (1929-1945)

1979 - 50ème anniversaire de la naissance d'Anne Frank - Pays émetteur: République fédérale d'Allemagne - Valeur faciale: 60 pf. - Illustration: Elisabeth Janota-Bzowski

« A un moment donné, Anne s’est trouvée devant moi, enveloppée dans une couverture. Elle n’avait plus de larmes pour pleurer. Chez nous toutes d’ailleurs, les larmes s’étaient taries. Elle m’a dit que les poux et les puces qui infestaient ses vêtements lui faisaient tellement horreur qu’elle avait tout jeté. Nous étions au cœur de l’hiver et elle n’avait plus qu’une couverture sur le dos. J’ai rassemblé tout ce que j’ai pu trouver pour l’habiller de nouveau ».

 

Lorsqu’il écoute en juin 1945 Janny Brilleslijper lui décrire les conditions de vie ultimes de sa fille dans le camp maudit de Bergen Belsen, Otto Frank plonge dans un profond abattement. Son esprit se révèle incapable d’assumer l’image de sa petite Anne, âgée seulement de 15 ans, livrée au destin inhumain des camps de la mort.  Janny est un témoin fiable. Anne et sa sœur Margot avaient sympathisé avec elle durant leur séjour dans le camp de transit néerlandais de Westerbork, entre le 8 août et le 3 septembre 1944,  juste après leur arrestation. Elles avaient quitté ensemble les Pays Bas par le même convoi bondé pour être débarquées à Auschwitz dans la nuit du 5 au 6 septembre. Ce fut à cet instant précisément qu’Anne et Otto échangèrent un dernier regard alors que les chambres à gaz engloutissaient plus de la moitié des 1019 personnes qui se trouvaient dans les wagons. Janny avaient traversé également avec elles la énième sélection qui les dirigea vers Bergen Belsen, ce camp enragé où les tempêtes de neige incessantes s’alliaient aux  épidémies de typhus pour décimer les châlits. Les derniers espoirs de retrouver vivantes ses deux enfants s’évanouirent ainsi, dans les rafales de vent transfixiantes, dans la précarité insupportable imposée aux enfants affamés, et dans les accès de fièvre incoercibles,  les préliminaires des pires détresses. Mars 1945 fut un enfer pour les plus fragiles. « Margot est tombée de son lit et elle est restée allongée sur la pierre glacée, incapable de se relever.  Anne est morte le lendemain » raconte Janny.

 

Au fond du gouffre, Otto Frank ne soupçonne nullement l’existence du projet littéraire qui pour des années entières lui permettrait de transcender sa peine et sa solitude. « Voici l’héritage que vous a laissé votre fille Anne ». C’est avec ces mots que Miep Gies, collaboratrice d’Otto dans son ancienne entreprise, remet à son ancien patron une sorte de calepin accompagné de feuillets manuscrits signés de la main d’Anne. Pour Otto débute une épreuve inattendue, un retour en arrière douloureux qui attise la peine de l’absence de tous les êtres aimés. Par étapes, par bribes, il remonte le temps et refait le parcours familial couché sur le papier par sa fille depuis le 14 juin 1942 jusqu’au 1er août 1944. Au départ, il ne voit dans le texte qu’une sorte de journal intime dans lequel Anne  décrit son  quotidien au sein de la cellule familiale, et à l’intérieur de son école. Otto pourtant reste abasourdi lorsqu’au fil des pages se dessine le contour d’une jeune fille méconnue de lui, profonde dans ses sentiments, même s’il accepte difficilement les jugements de sa fille envers sa mère, profonde également dans ses analyses des comportements et des évènements autour d’elle.

 

Les écrits d’Anne Frank couvrent en fait deux périodes successives. La première démarre le jour de son anniversaire (13 ans), date à laquelle Anne se voit offrir un carnet repéré quelques jours plus tôt dans la vitrine d’un magasin amstellodamien.  Elle s’achève le 5 juillet 1942, la veille de la fausse fuite de la famille Frank vers la Suisse, qui en réalité rejoint « l’Annexe » avec trois autres personnes pour une période totale de clandestinité de deux années. Le plan initial d’Otto prévoyait une mise à l’abri des familles Frank et Van Pels, des amis, le 16 juillet, afin d’achever du mieux possible leur installation dans ce nouveau repère. Il précipita finalement sa décision lorsque le 5 juillet 1942 à 15 heures, un postier apporta une convocation pour Margot, âgée seulement de 16 ans afin qu’elle rejoigne en Allemagne un camp de travail. Le lendemain démarrait alors le second « chapitre » des mémoires directes de la jeune Anne, placé sous le signe de la promiscuité et de la peur. Victimes d’une dénonciation, les Frank, les Van Pels ainsi que Fritz Pfeffer qui les avait rejoints dans l’Annexe furent arrêtées le 4 août 1944.

 

La lecture achevée  de la totalité du document, Otto décide de se tourner d’abord vers sa famille afin de partager avec les seuls rescapés de la guerre cette découverte singulière. Quelle n’est pas sa surprise devant la réaction de ces premiers lecteurs enthousiasmés qui le persuadent de se mettre sur le champ en quête d’un éditeur. Mais dans cette première année d’après guerre, le challenge se révèle difficile, les souffrances encore vives déclenchant un phénomène de rejet compréhensible vis-à-vis de ce qui touche de près ou de loin au conflit. Malgré tout, le 3 avril 1946, parait  sous la plume d’un historien célèbre, Jan Romein, un article de presse élogieux quant à la qualité humaine et historique de l’œuvre. L’auteur ne peut rester insensible à la description des peines et des joies, des colères et des espoirs d’une adolescente cloîtrée  entre quatre murs, dont le seul horizon crédible se résumait à un simple châtaignier en face de sa fenêtre. Il n’est pas davantage insensible à la capacité d’analyse de la même jeune fille, soumise à la pression psychologique du groupe, capable successivement de s’amouracher de l’un de ses « colocataires », de remercier le ciel du dévouement et de la fidélité de leurs quatre protecteurs restés hors de le l’annexe, et de pointer du doigt un possible avenir hollywoodien en se regardant dans un miroir ! Jan Romein a en fait saisi d’un seul coup d’œil la valeur de ce journal puissant et émouvant, un texte qui le ramène à son propre vécu, à ces années d’occupation que lui-même et sa famille ont traversé avec angoisse, « ces années remplies du rugissement des avions au dessus des têtes, et des bottes de soldats dans les rues ».

La réaction des maisons d’édition ne se fait pas attendre, empressées d’acquérir au plus tôt les droits sur un futur ouvrage. Otto reste cependant  partagé sur le sens de cette victoire. En acceptant la publication du témoignage d’Anne, il a le sentiment amer de livrer aux lecteurs la vie dissoute dans la tragédie de l’Histoire de ceux qui nourrissaient sa propre existence. Il est le seul rescapé des huit « habitants » de l’annexe, le seul à avoir survécu aux abîmes, et quelque part dans ce projet, il se voit dépossédé d’un bien dont il ne peut manifestement pas se prétendre propriétaire. Alors certainement doit-il prendre conscience que sous certaines conditions,  cette œuvre permet de lutter contre l’oubli, cette deuxième façon pour les bourreaux d’effacer leurs méfaits.

 

C’est enfin à la propre volonté de sa fille qu’Otto Frank peut concevoir de se soumettre. Car n’est-ce pas là une manière de lui rendre justice,  en mettant en lumière son destin volé, elle qui au printemps 1944 suite à une émission radiophonique s’était lancée dans la réécriture de son journal, avec  l’idée de participer à l’élaboration de la mémoire collective de son pays ? Elle qui consigne le 4 avril 1944 : « Voilà la question capitale. Serai-je capable d’écrire quelque chose de grand, deviendrai-je jamais  journaliste ou  écrivain ? Je l’espère, oh je l’espère tant… ». Il faudra attendre l’année 1947 pour que les Editions « Contact » publient avec l’accord d’Otto Frank le journal d’Anne sous le titre imaginé d’ailleurs par elle : l’Annexe.

 

Le succès littéraire de ce journal inattendu est immédiat, au point d’attirer de nouveaux éditeurs, allemands, français et nord-américains en particulier. Et de l’engouement populaire toujours croissant surgit une demande aussi imprévue que pressante. Nombreux sont les lecteurs passionnés qui déjà en 1947 prennent la direction du 263 Prinsengracht à Amsterdam afin de visiter les lieux originaux ayant servi de cadre au Journal. Otto Frank n’en étant plus le propriétaire, une Fondation est rapidement mise sur pied et s’attaque au projet baptisé Anne Frank Huis, la Maison d’Anne Frank. Elle sera inaugurée en 1960.

 

La notoriété d’Anne Frank l’écrivaine est devenue planétaire. Son Journal a été publié en 60 langues environ, pour plus de 25 millions d’exemplaires vendus dans le monde. Malgré tout, le manuscrit ne fut jamais exempt d’attaques et de controverses. Primo Levi en son temps défendit le texte contre ceux qui dénonçaient la mise en exergue d’un journal « venu de nulle part » dont le succès pouvait être jugé arrogant vis-à-vis de l’assassinat de dizaines de milliers d’autres enfants juifs demeurés inconnus. Dans un autre contexte, en 2009 au Liban, un établissement scolaire privé de Beyrouth fut obligé, sous la pression intégriste relayée par une partie des médias, de retirer un manuel scolaire sous prétexte qu’il contenait des extraits du journal d’Anne Frank susceptibles de servir de support à « une invasion sioniste de l’éducation » !

 

De toute évidence, la volonté du public  reste la plus forte. Désireux de redonner vie à Anne bien sûr, mais aussi à Margot, Edith, Hermann, Auguste, Peter et Fritz, les sept « victimes » de l’Annexe assassinées dans les camps, ce public leur attribue de fait le statut de témoins-symboles, capables  de traverser le temps et de toucher les jeunes générations, grâce au caractère universel du message porté par les mots d’Anne Frank :

« Il m’est absolument impossible de tout construire sur une base de mort, de misère et de confusion. Je vois comment le monde se transforme lentement en désert. J’entends plus fort, toujours plus fort, le grondement du tonnerre qui approche et nous tuera, nous aussi. Je ressens la souffrance de millions de personnes et pourtant quand je regarde le ciel, je pense que tout finira par s’arranger, que cette brutalité aura une fin, que le calme et la paix reviendront régner sur le monde. En attendant, je dois garder mes pensées à l’abri.  Qui sait ? Peut-être trouveront-elles une application dans les temps à venir ! »

                                                                                                            15 juillet 1944

 

 

Carte maximum maison anne frank 1980

1988 - Carte de la Maison d'Anne Frank - Timbre avec portrait dessiné par Walter Nikkels - Pays émetteur: Pays Bas - Valeur faciale: 60 cent.

 

Anne frank Timbre 4 visages israel HP 1200      

1988 - Hommage à Anne Frank - Pays émetteur: Israel - Valeur faciale: 60 a

 

Anne Frank dominica HP 1200   

2000 - Série du Millénaire - Anne Frank - Pays émetteur: Commonwealth of Dominica - Valeur faciale: 55 c.

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