LA MEMOIRE EN MARCHE

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Libre, fidèle et indépendante. Jetée au vent de l'espérance, contre l'oubli et pour demain...

De Caen à Oranienburg

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« Dans ce camp de concentration de Sachsenhausen-Oranienburg, la Mort rode sans cesse. Très tôt j’ai su ne pas la craindre. Elle devint une amie. A la fréquenter quotidiennement, j’ai beaucoup appris. Si donc je livre ces pages qui égrènent mes souvenirs, qu’on veuille bien me croire, je le fais sans prétention. J’ai voulu, très simplement, à mon retour au foyer si miraculeusement reconstitué, satisfaire à la curiosité légitime du petit enfant que j’ai trouvé souriant dans les bras de mon fils, quand plus tard, il interrogera : Quel était ce grand-père dont on m’a dit qu’il fut un bagnard ? »

Le Dr Marcel Leboucher est arrêté le 4 novembre 1942. Personnalité médicale reconnue dans sa ville, il avait été prévenu en octobre qu’une liste d’otages de la ville de Caen laissait apparaître son nom. Il avait délibérément choisi de rester. Après un séjour au camp de Royallieu à Compiègne, il prend la direction de l’Allemagne le 24 janvier 1943 pour le camp de Sachsenhausen. Il y devient le matricule 58712. Tout en restant à la merci de ses geôliers, le Dr Leboucher restera une figure médicale reconnue tout au long de sa déportation. Il refusera même de quitter le camp le 21 avril 1945 au moment du départ des marches d’évacuation, ceci malgré la menace d’une destruction totale du camp avant l’arrivée des forces russes. Il rejoindra la France en juin 1945 avec les derniers survivants français du camp. A ses cotés à bord de son avion, se trouvait Marie-Claude Vaillant Couturier.

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Significative de l’engagement du Dr Leboucher et de la valeur de son récit, nous vous livrons ici dans son intégralité la préface originale rédigée par Michel Riquet, lui-même ancien déporté.

« Dans un temps où l’opinion volage ne prête souvent plus qu’une attention distraite et lasse aux survivants de la déportation et, à plus forte raison, aux disparus, c’est un acte courageux de publier ces mémoires d’un rescapé de Sachsenhausen-Oranienburg. Mais il importait précisément, qu’un témoignage comme celui du Dr Leboucher ne soit pas étouffé. C’est celui d’un médecin sans prétention comme il le dit modestement. Il note, mais avec la sobre objectivité d’un observateur et d’un clinicien. Grace à cela, on a le sentiment réconfortant que rien n’a été déformé par la passion ou la fantaisie.

Et l’on voit ainsi revivre avec un relief saisissant ces Français de l’Occupation. Sans phrase, sans panache, ils demeurent ce qu’ils ont décidé d’être toujours : des Français ! Qui n’admirera cette fierté tranquille et ferme devant le sous-officier qui vient perquisitionner ? Et ce refus tout simple et spontané du médecin qui ne veut pas qu’un autre soit mis à sa place sur la liste des otages et pour cela refuse de fuir quand l’occasion lui est offerte ? Et toute la vie des camps, ses horreurs, ses cruautés, mais également l’ingéniosité du Français à se débrouiller, le clair génie qui se révèle chez cet ophtalmologiste ou ce chirurgien, dépourvus de tous leurs moyens habituels, mais capables quand même de réussir des cures prestigieuses.

A tous ceux qui par sottise, jalousie ou mauvaise foi se représentent volontiers la Résistance et la Déportation comme un ramassis d’aventuriers, de politiciens, de m’as-tu-vu, de naïfs ou de brouillons, ces propos apportent l’authentique portrait de ces Français qui ne furent peut être pas sans défauts, mais eurent le courage de se compromettre, de risquer tout, de garder à travers une effroyable épreuve leur dignité d’homme et, par-là, d’affirmer la valeur française à la face de toute l’Europe ».

 

De caen à Oranienburg, Récit d'un déporté politique par le Dr Marcel Leboucher - Imprimerie OZANNE (Caen, 1950) 

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