LA MEMOIRE EN MARCHE

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Libre, fidèle et indépendante. Jetée au vent de l'espérance, contre l'oubli et pour demain...

Retour d'Auschwitz

couverture retour d'auschwitz

Guy KOHEN est arrêté le 28 janvier 1944 dans un village de la Creuse (France) parce que juif. Interrogé à Limoges par la Gestapo, il refuse de livrer la cachette de son père. Le 24 février, il est transféré par transport ferroviaire dans le camp de Drancy dans lequel il séjourne  jusqu’au 7 mars. A cette date, il prend la direction d’Auschwitz par le convoi n° 69  avec 1500 personnes à son bord. A son arrivée le 10 mars, il reçoit le matricule 179949. Après un court séjour dans le camp d’Auschwitz I, il est affecté au camp de Monowitz.

Son livre-témoignage « Retour d’Auschwitz » a été rédigé et publié au retour immédiat du camp. Le lecteur y plonge dans une histoire singulière déclinée la plupart du temps sous la forme du « Nous », voire même du « Ils ». Désignant ainsi les « Häftlinge » (déportés), Guy KOHEN semble osciller  entre une distanciation salvatrice vis-à-vis des douleurs du passé, et une incrédulité relative face à sa propre expérience des camps. L’effet est immédiat. Happé par un récit limpide, le lecteur ne ressent ni l’envie ni même le droit de refermer l’ouvrage avant la lecture de la dernière ligne. La force de ce texte d’une centaine de pages seulement est là, dans son dépouillement riche de l’essentiel, brutal et insondable.

«  Un jour alors que j’étais occupé à creuser un fossé, seul avec mes pensées, un SS me demanda à brûle-pourpoint :  Pourquoi  es-tu si triste ?

Je lui répondis : pourquoi serai-je gai ? Je suis arrivé ici dans un convoi de 1500 personnes dont 1400 ont été asphyxiées et brûlées. Moi-même je me sens faiblir et je sais que bientôt ce sera mon tour. Je souffre depuis plusieurs mois et le résultat sera néanmoins le même. Voyez-vous là motif à se réjouir ?

Il rétorqua : Mon cher ami (!!), ne te plains pas. La mort par les gaz est une mort de premier choix. Remercie plutôt ceux qui t’ont accordé un pareil sursis. De toutes façons, tu mourras, car vous autres Juifs maudits, y passerez tous jusqu’au dernier. Les cheminées de Birkenau n’ont pas encore fini leur œuvre.

En disant cela, avec son index droit il mimait la fumée sortant du crématoire, et satisfait sans doute de sa péroraison, s’en fut, les yeux rouges…».

Auschwitz barbelés 2                   

Camp d'Auschwitz - Barbelés - Photo Michel C. (2009)

Guy KOHEN nous donne à découvrir également l’engagement de son père Henry en lutte ouverte dès 1941 contre la face la plus sombre de la nation française pendant l’occupation, à savoir la résurgence et la légalisation d’un antisémitisme social, économique et politique propice à alimenter les projets nazis vis-à-vis des populations juives d’Europe. Il prit le risque insensé d’interpeler la presse et les politiques, en particulier par écrit, sur ces pratiques inadmissibles et incompatibles avec les valeurs de la France. Dans son ouvrage, Guy KOHEN reproduit la lettre adressée par son père au Maréchal Pétain en personne (Novembre 1941) lui soumettant un « Plan KOHEN » destiné à évacuer la plus grande partie de la population juive française vers des territoires tels que les colonies françaises (Guyane). Il faut savoir que Henry KOHEN avait déjà organisé le transfert vers la Guyane au départ de Bordeaux de quelques familles juives. Toutes ses interventions restèrent vaines. Il reçut même des réponses claires quant à l’avenir qu’on lui réservait si par hasard les autorités françaises parvenaient à mettre la main sur lui. Contrairement à son fils, Henry parvint à échapper miraculeusement à ses ennemis, et durant sa clandestinité, il aida de nombreux maquisards de la région de Limoges. Il ne connut donc pas la déportation dans les camps.

Retour d'Auschwitz, souvenirs du déporté 174949 - Guy KOHEN - Imprimé chez BRODARD et TAUPIN - Paris (1945)

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